Bord de Méditerranée. Il fait chaud, très chaud, avec un rien d’humidité qui colle un peu ma longue tunique blanche.
Blanche aussi la grande serviette éponge que je porte autour du cou ; je la défais et la passe autour de mes hanches.
La brise fait voler mes cheveux, le soleil m’éblouit. Nous sommes en milieu d’après-midi –fin d’été à peine.
Un petit port et sa jetée aux grosses planches de bois grisé ; j’arrive à son extrémité après être passée devant une terrasse où de rares personnes sont nonchalamment attablées.
Alignés à l'embarcadère, des barques et petits bateaux de pêche en bois peint.
Parvenue au bout du ponton, tandis que je regarde au loin en soulevant les mèches de mes yeux, des petits bruits relativement feutrés attirent mon attention.
C’est derrière moi, je me retourne.
Ma perception saisit absolument tout : les couleurs, les odeurs, les matières, les textures (les multiples couches de peinture écaillée), les sons et particulièrement l’incongruité inquiétante de la scène qui a lieu à quelques pas.
(Personne d’autre ne semble l’avoir remarquée.)
Il est évident que quelque chose de très singulier se déroule à bord de l’un des bateaux accostés -celui-ci est même posé directement sur le sable de la plage.
Je m’approche. Mais oui : ce sont les pattes arrière d'un chat qui dépassent ! De prime abord, je crois qu'il est tombé tête la première et que son corps est coincé là –peut-être dans le
plancher, trop pourri, du bateau. Peut-être s'agit-il d'un piège dans lequel il a été pris ? Les pattes gigotent vigoureusement et je redoute que l'animal ne se blesse sérieusement si je
n’interviens pas rapidement.
Arrivée à bonne proximité, je comprends… Je suis si stupéfaite que je me mets à rire....
Un petit bassin carré, profond d’un mètre environ et rempli d’eau de mer, a été aménagé à l’avant de l'embarcation.
Le gros chat (blanc, roux et tigré) joue avec un petit chien blanc qui lui-même se tient au fond.
Ils s’amusent tous deux avec une grosse éponge, aucun n’étant prêt à la lâcher.
Le dodu félin y a planté ses griffes, le bichon s’y accroche avec les crocs et résiste de tout son corps. (Bien que totalement immergé, il se comporte comme s'il était à l'air libre. Evidemment.)
Visiblement, ils prennent énormément de plaisir.
Rien ne saurait les détourner de leur jeu, ils sont comme deux jeunes frères qui bagarrent à se tester en toute affection.
Je souris grandement à les regarder, bonheur du ravissement, de la surprise mais aussi, grand soulagement...
La lumière est belle. La vie est belle ! L’air est si doux et
voilà, j’ai oublié la suite. A moins que je ne me sois réveillée à cet instant-là…
Ce texte fait partie de ceux qui remémorent aux oublieux comme moi l'art de plonger dans l'essentiel du moment : la puissance de la relation effaçant toutes différences ou indifférences. Eblouissante nature, tu me surprendra toujours.
Madame, merci pour ce moment inattendu, amusant, coloré.
L'essentiel du moment à l'origine de ce récit infiniment modeste a été généré grâce à l'attention que l'on peut porter -chacun en fonction de notre sensibilité- à certains sons. N'avez-vous pas remarqué ?
D'ailleurs, voilà une autre illustration du Hasard : pas plus tard qu'hier, j'ai participé à une discussion sur ce thème ! L'importance de l'environnement et de son influence (interactive !)...
Que celui qui n'a jamais oublié un rêve me jette le premier galet ! Mais bravo Cristophe, je vois que tu suis... :-) Merci !