SINCERE ALLERGIE

Publié le par Sheernin

Gérard Manset
La balade des échinodermes


C’est la fin de ce monde-ci

Et de sa chair en dents de scie,

Tout est profondément perdu.

Sait-on ce que l’on a connu ?

Des singes ou des échinodermes

De cette faim sous notre derme

De cet épilogue frileux,

Plus misérable que galeux.

 

Que sait-on de ce monde-ci ?

De quoi peut-il être transi,

Sinon de notre opposition

A ce qui naît et nous contraint ?

Voici que continue le train

Où notre place était acquise

Et c’est ainsi que va l’effroi

Entre les banquettes exquises

Et les reliefs d’un buffet froid

Sur une table qui s’enlise.

 

Que va-t-il arriver

Si notre faim va à l’encontre

De ce qui demeure et qui contre

Et du bijou et de l’écrin

Magnifique enfant de là-bas

Qui fut simulacre et combat ?

Que peux-tu provoquer de plus

Que le chaos, que le trépas,

La mortitude et le méplat

des garnisons de solitude ?

 

C’est la fin de ce monde-ci

de son amour en dents de scie

Tout est profondément perdu.

Sait-on ce que l’on a connu ?

Des singes ou des échinodermes,

De cet faim sous notre derme,

A qui l’on a touché la joue

Plus misérable que frileux,

Plus molécule que galeux ?

 

Nous sommes des échinodermes

A la muqueuse qui se ferme

Sur un fond de monde perdu

Et nous nous battrons à mains nues.

 

Nous sommes des échinodermes

Dont la carapace renferme

Un vin, un venin douloureux

Et nous nous battrons d’autant mieux.

 

C’est la fin de ce monde-ci.

On s’en ira en Italie

Où doit bien être notre lit,

Quelque part sous un pin marin,

Quelque part sous le romarin.

Le marbre est confident du monde

Et ce jour-là, sur notre tombe,

Un oiseau des plus audacieux

Mangera la chair de nos yeux,

Mangera la chair de nos yeux.


-

 

-album "la vallée de la paix"

1994


 


 

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