SECONDE RENCONTRE
Ce matin, j'ai retrouvé Théo. Plus exactement, c'est lui qui m'a retrouvée. Comme lors de notre première rencontre, c'est son regard qui a attiré mon attention. J'étais, comme la première fois, devant la rambarde et quelque chose m'a fait me retourner. Théo était à quelques mètres de moi, debout à me fixer. Il avait l'air perdu, si statique parmi les myriades d'enfants qui s'agitaient en tout sens.Nos regards s'appellent, s'accrochent. Sourire réciproque. Théo baisse timidement les yeux, la tête, semble hésiter puis se redresse un petit peu et avance vers moi.
Sa voix est fluette, discrète, je dois vraiment tendre l'oreille pour au moins saisir quelques bribes au-delà du brouhaha ambiant.
Ce que je comprends, que je constate, c'est que Théo se sent seul. Pas encore de copains, de copines parce que l'année dernière, il était en maternelle. Et cette année, il ne se trouve encore personne pour jouer au ballon avec lui...
Puis il me parle de son grand frère qui est là, tout près. Son petit doigt et son menton me le désignent. Je vois un garçonnet fluet qui semble jouer -seul- au derviche tourneur...
Au gré de la conversation, nous parlons des platanes que des ouvriers sont venus étêter "en douce", profitant du mercredi. Théo n'avait pas remarqué ; il me demande pouquoi on leur fait ça. Puis, considérant un autre arbre, en face de nous, il me dit que bientôt ce sera son tour à celui-là aussi. Alors, je lui demande s'il aime être dehors, s'il a un jardin chez lui. "Chez papa ou chez maman ?". Parce que chez papa, oui, mais chez maman, non, ajoute-t-il en haussant les épaules.
Je suis toujours frappée de constater que lorsqu'on est enfant, on imagine que les adultes savent tout...
Le moment est venu de regagner nos salles de classe en nous faisant un petit signe amical. Juste quelques sourires. Le sien était bien pâle...
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