L'AUTOMNE, PETITE FEUILLE MOUILLEE
Dans son ode "freedom" qui a marqué les mémoires pendant les trois jours de Woodstock 1969, Richie Havens chantait cette phrase : "SOMETIMES I FEEL LIKE A MOTHER LESS CHILD". Quelques mots qui m'ont marquée, non pas pour le manque d'une maternité mais pour la détresse de solitude qu'elle évoquait puissamment.
Celle qui nous échoit un soir ou au cours d'une journée pluvieuse tandis que l'on cherche désespérément un regard de compassion, une épaule silencieuse et douce, une générosité détachée. Juste une présence en considération.
Ce que l'on cherche et qui ne se trouve pas. Qui ne se peut pas.
C'est alors qu'une feuille morte particulière attire l'attention. Comme un miroir brisé dans l'indifférence, comme un message en écho silencieux et terriblement bruyant. Cette feuille au sol tombée, elle devient soi, la petite personne unique parmi les milliards. Plus d'attache, plus de repère. Tombée, là. Ou ailleurs, quelle importance ?
Ci-git...
Alors encore, une mélodie chargée de mélancolie semble émaner de la forme végétale. Un effluve sentimental s'élève, suit le vent froid, sinue entre les gouttes comme on renifle ses larmes.
Une petite feuille, comme un petit papier déchiré.
Mille petits morceaux éparpillés que le liquide emporte.
Je regarde la rigole se former, tracer son chemin de voyage, de petit chaos en accroc de parcours.
Je suis l'une de ces miettes de papier, un vrai faux confetti, mal confectionné.
Mon encre fout le camp, coule, s'écoule, va se perdre rincée par la pluie. Je m'accroche un instant ici, je tourbillonne là. Je repars. Toujours cette sensation d'errance. Jusqu'au choc amorti par un guide de hasard.
Puis repartir.
Tomber, c'est ma saison.
