INTERMEZZO
C'est une petite part de plaisir surgie du Hasard, du genre qui arrive en apparence simplement et ne dure qu'un court instant.
La première fois, cela avait commencé par la perception quasi incongrue d'une sonorité connue qui, pourtant, m'a demandé quelques secondes avant identification. Quelqu'un jouait de l'harmonica. Oui, comme ça, dans la rue.
Au fur et à mesure que les notes joyeuses s'approchaient et montaient, je les voyais danser.
Leur dynamique m'a fait quitter mon siège et ouvrir la fenêtre - il fallait que je connaisse cette source, que je voie quel personnage-musicien se plaisait à jouer publiquement, sans raison apparente. Une curiosité positive ...
Vue du dessus : c'est un homme qui marche entre la cinquantaine et la soixantaine. Rien d'extraordinaire dans son allure sauf peut-être cette nonchalance. Crâne grisonnant à la tonsure naissante, jean, baskets, tee-shirt et gilet de photographe (un de ces accessoires garnis de pochettes multiples).
L’homme souffle tranquillement dans son harmonica et avance en se faisant plaisir, l’autre main dans la poche. Il ne regarde rien de précis, il passe et c'est tout.
Je me demande jusqu'où il peut s'imaginer que sa calme intrusion et son sillage musical peuvent être remarquables...
Ses incartades sont des interludes toujours inattendus. Enfin presque, car depuis sa première apparition, je me suis surprise plus d'une fois à espérer sa présence fugace. J'ai tout de suite aimé cette manière de parenthèse, propice à créer un espace coloré, légèrement décalé dans le va-et-vient ordinaire de la rue.
L'épiphénomène s'est produit 4 fois, peut-être 5 - la dernière en date remonte à la semaine dernière et ça collait bien avec la fin de mes vacances.
Je ne sais rien de ce type et je n'ai aucune envie d'en apprendre quoi que ce soit. Je souhaite juste que son harmonica et lui continuent à brouiller gentiment les ondes routinières, qu'ils reviennent de ci, de là, étendre leur arc-en-ciel et gracieusement nous offrir encore des entractes.