A LA SOMBRE VOLEE

Publié le par Sheernin

Quand les mots ont-ils commencé à perdre leur force, leur authenticité, nées de leur sens premier ?
Je ne peux m'empêcher de penser qu'ils deviennent ce que nous -nous tous- en faisons et que c'est probablement là l'une des origines de la poésie, dans son étendue et multiplicité. En fonction des sensibilités.
Mais également, si les mots vivent la vie que nous leur faisons mener, ils demeurent toujours sous la coupe originelle et constante de l'être humain. Notre propre multiplicité est responsable de cette déperdition du sens.
Tout est toujours lié. Mais nous faut-il toujours relativiser ?

Parfois (souvent !) je déplore mon manque de vocabulaire (de culture ?) parce que cela entrave mon expression, m'en éloigne et par conséquent me frustre dans la communication.
La poésie est à l'opposé des expressions toutes mâchées, rabâchées à en pâlir pour être réduites au rang de formules prêtes à l'emploi et finalement, devenir invisibles et inaudibles. Trop noyées dans la masse d'informations que notre cerveau reçoit au quotidien.

Comment nos messages
peuvent-ils révéler au plus près ce qu'ils sont supposés expectorer quand ils sont devenus légion, tellement banalisés... ?

S'il m'est donné de lire, d'entendre ou de penser "c'est à devenir fou", je ne peux m'empêcher de songer aussitôt  : "mais que savons-nous donc de la folie ?!"
Ecrire  "j'en crève" peut-il permettre d'avoir conscience du couple infernal que forment le profond désespoir flanqué de son inséparable souffrance aigüe ?

Si les mots sont parlés, l'intonation et toutes les nuances de la voix (prosodie) deviennent alors un vecteur significatif. Mais à l'écrit, comment ne pas diluer la pensée intègre ?
Il faut sans doute être artiste ; mieux : poète...    

                                                                  

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Avoir été un chat revenu du Moyen-Age où l'on aura été emmuré vivant, noyé, brûlé en place pubique ou cloué sur une porte cochère.
Voilà qui à de quoi rendre méfiant... Mais cette amertume de la spontanéité perdue, de l'élan cassé...

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Condition humaine... éternellement vouée à s'abîmer, à s'accommoder, à courber l'échine ou à errer en quête de petits bonheurs. Mais qu'en est-il lorsque la foi en l'espoir lui-même a déserté ? Je trébuche sans cesse sur le chemin qui s'obstine à se présenter devant moi et sur lequel je continue à errer même au prix des pieds en sang, des yeux crevés et des mains tendues dans le vide noir. Cahoter au fond du gouffre, c'est encore avancer...

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Je me perds dans le labyrinthe des pensées et de leurs alliés, les mots, d'état en état, d'humeur en humeur.

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Je ne vois plus comment il est possible d'être heureux... J'imagine encore moins comment cette chimère peut avoir autant d'adeptes... Et j'en étais hier encore. C'est rapide une mort !

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La grâce s'acquiert-elle ou est-elle un don ?

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Comment la vie parvient-elle à circuler sur les différentes voies qui se présentent ? jusqu'où faisons-nous de véritables choix ? et pire que tout, ce roué sentiment de culpabilité qui se développe en cas de visite du malheur... Qu'ai-je fait ? qu'ai-je manqué ?

N'est-il pas suffisant d'être écrasé par ce poids-là qui broie la poitrine pour aspirer au dehors le dernier souffle de lumière, fut-elle des plus faibles !
Toute projection est stupide, mais il est trop tard. Deuil, deuil incessant que nous devons faire alors même que nous l'ignorons. Faiblesse et bêtise, compagnes serviles à l'amère présence, ancrées au port de notre naïveté pénétrante.

Une marche de plus à monter sur l'escalier de l'indigence... Avancer quand tout nous tire vers l'arrière ou vers cet "avant" perdu à jamais. Ineffable et monstrueuse dichotomie entre l'animalité et le raisonnement.



Que puis-je encore chercher à respirer que ma carcasse m'ordonne ? Je descends, descends encore et toujours plus profond dans ma propre mine de charbon. Je peux en sentir les parois mordantes qui m'agrippent, qui me poussent plus bas. Elles m'aspirent, broient mon âme et brisent mon corps.
Laisser faire. Quelle importance après tout...
Couler dans cette suie asphyxiante, l'avaler en souhaitant la vomir. Plein les yeux, bouche remplie, ongles noircis. Ma peau, comme une mue reptilienne carbonisée.
Presque plus rien. Un souvenir de vie. Un rêve mal fini. Mauvais réveil. Mauvais sang. Sombres flots.
Black out.

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Mots renversés sur partition de solitude
pour le chant muet d'une aveugle
Antagonisme du compte-à-rebours

N'être qu'un satellite sans volupté sur une trajectoire elliptique
Il fallait bien ce mur estival pour enfin me déposer
le bonheur des glaces si vite évaporé

Il n'y a plus nulle part où aller
même pas la prière d'un refuge.
Aucune justification à cette existence mirage.

Il n'y a plus rien.

Le fond n'était pas bien loin. Finalement.


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