LA MECANIQUE DE L'OBSESSION
Existe-t-il de petites ou de grandes obsessions ? Comment peuvent-elles être passagères ou devenir pérennes ?
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L'obsession n'est-elle pas avant tout une valeur absolue ?
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Chacun de nous connaît cet état, un jour ou l'autre et que l'événement déclencheur soit heureux ou pas, le mécanisme est identique.
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L'obsession impose son visage d'emblée ; elle ne se révèle que plus tard dans son intégrité...
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Cela commence comme un puzzle. Le cerveau y va de sa réflexion, étudiant chaque aspect qui se présente.
Pas de répit, l'esprit est occupé à temps plein et bientôt, d'autres versants et adrets se découvrent ; il faut pousser plus avant l'exploration des possibles puis, et aussi, des incompatibilités.
Si l'Objet (au sens psychanalytique) qui nous occupe est heureux, c'est avec délice que l'on s'abandonne alors aux circonvolutions de nos pensées. Se laisser porter sur les ardentes vagues devient énergisant voire complètement euphorisant. La question ne se pose pas (pas vraiment, pas encore) de la durée de la chose.
Et puis voilà l'obsession qui se transforme en but réel, presque palpable. Un concentré de pur besoin, nécessaire à la vie.
Comme il devient naturel de s'y consacrer ! et quoi qu'il en soit ou en coûte, nul obstacle ne saurait empêcher la progression. Le chemin sera suivi puisqu'il se trouve éclairé, c'est une évidence !
Si l'on comprend très vite que l'obsession exige un grand espace réservé, on ne doute pas qu'elle trouvera sa place, en formes souples et angles arrondis. On est confiant et on vit avec elle en grande joie, en harmonie.
On intègre le phénomène et petit à petit, tout est en bonne voie. L'on finit par savoir ce qui doit s'accomplir - une manière d'équilibre peut s'installer. Le but est bientôt atteint, la satisfaction pleinement vécue. Fin de cet épisode, il ne reste qu'à savourer.
Mais quand l'obsession bascule ?...
Mais, si l'Objet préoccupant affiche un visage tourmenté par les impossibles ? S'il se présente tel un puits sans fond ou un mur d'empêchements ? Si les pièces du puzzle ne s'épousent pas ou plus ? Si elles viennent à manquer ou à disparaître ?
A ce stade, se résoudre, se résigner est certainement une sage attitude. Assujetir les sentiments pour un retour au raisonnable.
Suis-je raisonnable ?
Lorsque l'on reconnaît, sans l'avoir jamais vue, la patte griffue de l'infaisabilité, il est presque trop tard, car ce qui glisse à présent, ce sont bien les rouges écailles.
L'Obsession est passée de l'autre côté, l'âme-mie d'hier haine-mie d'aujourd'hui. Comme un ami qui vous veut du mal, ou un ennemi qui vous voudrait du bien, mais l'un ou l'autre, déterminé à ne plus lâcher prise.
Le déséquilibre peut avancer son ombre dont les contours se précisent sans même que l'on s'en aperçoive. L'espace intérieur est déjà rempli, l'obsession bientôt va se déverser hors limites, elle va dévorer l'alentour après avoir léché toute lumière. Vigoureusement présente, implacablement possessive et vorace.
Elle est là et m'a menacée. J'ai essayé de la caresser, de l'apprivoiser mais fière et indomptable, elle ne cherche qu'à me mordre...
A présent, j'entends sa respiration haletante alors qu'elle m'étouffe. Je vois ses yeux immenses et insistants, elle me pénètre de sa noirceur.
Je tente de la cajoler, de l'amadouer, je la chéris parfois aussi mais elle m'enlace plus criminellement que la mort qui permettrait au moins le répit.
Quelle vertu m'injecte-t-elle en enfonçant ses serres ?
Elle m'a kidnappée et promet de s'en prendre à ma raison, si ce n'est à ma vie. Vers quel bal masqué me conduit-elle après avoir plaqué un loup sur mon visage ? Elle me tend les bras pour une danse létale !
Oh je me suis tellement battue et débattue ! J'ai ployé, piteusement, me suis redressée pour reprendre la lutte, j'ai même cru vaincre parfois.
J'ai couru partout. J'ai couru longtemps. Oubliant le pathétique et fuyant le traumatisme.
J'ai pu me poser parfois, me reposer aussi. Mais rien de tout cela n'a servi.
Parmi le fatras de mon intimité, l'écho du chaos semble me condamner à l'orée d'une sourde folie. Depuis quand est-ce que je rôde là ? Combien de temps vais-je pouvoir rester au seuil incertain ?
Le choix m'appartient-il encore de faire un pas supplémentaire vers le trouble attirant ou puis-je lui tourner le dos, au prix d'une fêlure irréversible ?
Je ne sais plus de quelles réactions je suis capable et je me gifle mentalement pour éviter de me cogner la tête.D'une douleur l'autre... Si je pouvais seulement me retirer du cauchemar puisque lui semble décidé à rester en moi !
L'obsession m'entaille avec patience, m'oppresse de lune en lune, saison après saison. Plus forte que mes forces. J'oscille entre ma propre violence et mon besoin d'apaisement, ce que je suis seule à pouvoir me prodiguer.
Mon corps se broie en un grand écart permanent et sous mes yeux, le redoutable de l'improbable s'incruste en ombres couleur de fatigue. Jusqu'où l'esprit peut-il accepter l'insidieux ?
Sans savoir comment cela m'est possible, inlassablement, à chaque heure écoulée, je rassemble mes ressources comme un enfant maladroit s'entête à emplir ses mains de billes fuyantes.
Je ne cherche pas à retenir le sable ou l'eau, je les désire absolument. Ils existent, ils sont proches, je les sens.
Ou crois les sentir ?...
Je persiste à refuser le mirage pour que vive à nouveau l'authentique dépouillé.
Je résiste pour ne pas céder à l'appel de cette contrée de folie dont la lisière s'amincit !...
J'ignorais que l'on peut vivre ainsi.
Et puis, voici, avec le temps, non pas que 'tout s'en va' mais le noir profond ne parvient plus à tout recouvrir. Je suis humaine et en cela, l'espoir me visite. Cette notion -si hasardeuse qu'elle puisse être- m'offre une part de lumière, elle vient doucement apporter un peu d'équilibre. Fragile et insuffisant, mais propice à l'apaisement, en pauses éphémères. Un peu de cet espoir avive mon sourire hypothétique.
Entre deux ondes sombres et rapprochées, je puis donc m'éloigner de ce qu'écrivait Baudelaire et qui me fait frémir : '' je suis de mon coeur le vampire, un de ces grands abandonnés, au rire éternel condamné et qui ne peuvent plus sourire '' - (extrait des Fleurs du Mal - 'l'héautontimorouménos').
La vie... Qui peut savoir ?
