ETRE, VOIR, DONS et POUVOIRS

Publié le par Sheernin

Dans les années 60, Carlos Castaneda a publié plusieurs livres retraçant son expérience auprès de Don Juan, Indien Yaqui.

Au départ, le jeune étudiant en ethnologie souhaitait approfondir sa connaissance de certaines plantes dites hallucinogènes, comme notamment le peyotl. L’indien qu'il rencontrera l'amènera vers un tout autre chemin, l'obligeant -en quelques sortes- à dévier totalement de sa démarche scientifique en reconsidérant toute sa préhension du monde et de la vie. Autrement dit une remise en question fondamentale. Des années durant, il deviendra l’apprenti du vieux brujo (mot que l’on aurait à priori tort de traduire de façon réductrice par « sorcier »).

 

Les récits de Castaneda étaient tellement inouïs qu'ils ont suscité bien des controverses, particulièrement à propos de la culture Yaqui.  En son temps, et même par la suite, la polémique relative à une imposture de la part de ce jeune américain a fait couler beaucoup d'encre. Divers scientifiques et autres spécialistes ont tenté et peut-être même parfois réussi à prendre en défaut certaines déclarations ou affirmations de l'ethnologue.

Il y aurait d'ailleurs des doutes sur son existence-même ; son identité, sa date de naissance paraissent des plus floues. Son parcours serait incertain. Il semblerait même que l’individu ait disparu sans laisser de trace… Castaneda, sujet à caution… Nous voilà prévenus.

 

Je ne cherche pas à savoir si ce qu'il a écrit était vrai ou pas, même si j'ai tendance à croire qu'il n'a pas menti -en tout cas, sûrement pas sur tout ! D’autant que la plupart du temps, il ne se donne pas le beau rôle, bien au contraire. Il ne craint pas de se dépeindre comme quelqu’un d’assez sot, de fort mal assuré, voire peureux. Ceci étant, face aux circonstances incroyables auxquelles il a souvent été confronté, nous serions légion à connaître la peur…

 

D'une manière ou d'une autre, l'aventure qu'il décrit est absolument extraordinaire et peut paraître complètement invraisemblable. Si elle est authentique, je me réjouis dans un frisson vertigineux. Si elle fausse, j'applaudis une telle imagination.

Et justement, imaginons...

Si nous étions des oeufs lumineux capables de nous projeter n'importe où grâce à nos filaments de lumière ?

Si nous pouvions voler en aigle ou en corbeau et entrer en contact avec des entités plus ou moins bienveillantes qui nous en apprendraient long sur nos capacités réelles ?

Si nous avions la faculté de guider nos rêves comme nous évoluerions dans autant d'univers parallèles et avérés ?

Etre "fumé" parce que l'on est désigné. Apprendre de secrètes manipulations pour la préparation d’épreuves insoupçonnables et faramineuses de l'art de voir. Connaître des états de "réalité non-ordinaire".

Enfin, vivre différemment et embrasser le monde comme indéniablement bien peu de personnes pourraient le faire... Approcher la connaissance de soi et de l'univers auquel nous sommes bien plus étroitement liés que la pensée commune ne pourrait l’envisager...

 

Bien évidemment, à l'époque où Castaneda a été édité, l'amalgame a été vite établi entre les drogues et ce qu'il relatait et, assez évidemment, c'est davantage l'attirance pour les produits hallucinogènes de toutes sortes qui a surtout intéressé toute une génération et au-delà...

Beat generation, puis surtout les hippies... Une vision empreinte d'une belle utopie et d’une poésie certaine, l’envie d'autre chose que l'on croyait possible d'inventer ou de réinventer, sur la route ou pas. Le tout dans une recherche de spiritualité sous l'influence de la culture de l'Inde, en passant par l'enseignement des moines tibétains, le mode de vie d'Indiens de tous horizons, avec leurs savoirs séculaires et leurs pratiques ancestrales... Toutes choses en rupture avec la société de consommation que l'on commençait à dénoncer.

Quoi de plus logique pour cette mouvance en opposition au matérialisme que de chercher à investir les terrains de l'impalpable et donc, d'être fascinée par des expériences plus ou moins mystiques, aidées -ou pas- par des substances à (re)découvrir. L'idée était d'atteindre et si possible, d'ouvrir les portes de la perception. Tout était exploré, sur la base d’un mix de ce qu'avait annoncé Aldous Huxley et des expériences avec le LSD réalisées et prônées par Timothy Leary…

 

Ce n'est cependant pas avec cette dimension "psychédélique" que les livres de Castaneda m'ont attirée, mais bien pour l'aventure unique et au-delà de tout, qu'il nous raconte.

 

Carlos Castaneda a été publié et réédité en France à maintes reprises ; on le trouve même aujourd'hui en livre de poche (10/18). Mais ces ouvrages ont bénéficié d'une belle édition dans la collection Témoins/Gallimard - NRF.

 

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"HISTOIRES DE POUVOIR" - Extrait :

 

"J’étais au beau milieu d’un commentaire lorsque j’entendis le son faible de « l’appel du papillon ». Mon corps se raidit et je laissai tomber ma phrase : " Voilà le nagual ", dis-je automatiquement.

 

Nestor et Pablito échangèrent un regard que je pris pour le signe d’une violente terreur, et ils bondirent auprès de moi, chacun d’un côté. Ils avaient la bouche ouverte et ressemblaient à deux enfants effrayés.

Puis je ressentis une expérience sensorielle inconcevable. Mon oreille gauche commença à bouger. C’était comme si elle s’agitait toute seule. Elle fit faire à ma tête pratiquement un demi-tour, jusqu’à ce que je fusse devant ce que je crus être l’Est. Ma tête se pencha légèrement à droite ; dans cette position, j’étais capable de détecter le crépitement intense de « l’appel du papillon ».

[…]

Un moment donné, mon bras gauche s’ébranla ; il se leva sans que ma volonté intervînt, jusqu’à se mettre presque au niveau de mon visage. Sans savoir ni pourquoi ni comment j’agissais ainsi, je poussai un cri horrible qui me glaça le sang. Je sentis que la peur qu’il m’avait provoquée m’avait donné une clairvoyance sans pareil.

[…]

Je secouai la tête : la double image disparut, et pourtant la vision de don Juan et de don Genaro, en tant qu'êtres lumineux, persista. Je voyais deux objets étranges, allongés et lumineux. Ils ressemblaient à des ballons de foot blancs et irisés, avec des fibres qui avaient leur propre lumière.

Les deux êtres lumineux frissonnèrent ; je vis vraiment leurs fibres s'agiter et puis, avec un sifflement, ils disparurent. Un long filament, une sorte de toile d'araignée qui semblait provenir du haut de la falaise, les tira vers le haut. J'eus la sensation qu'un long rayon de lumière, ou un fil lumineux, avait jailli du rocher et les avait hissés.

Je perçus cette suite d'événements avec mes yeux et avec mon corps. J'étais capable aussi de remarquer des disparités énormes dans mon mode de perception, mais j'étais incapable de spéculer sur ce sujet, comme je l'aurais fait d'habitude. C'est ainsi que je m'aperçus que je regardais tout droit, vers la base de la falaise, alors que je voyais don Juan et don Genaro sur le sommet, comme si j'avais levé la tête de quarante-cinq degrés.

Je voulais avoir peur, cacher mon visage éventuellement et me mettre à pleurer, ou bien faire quelque chose d'autre, dans la gamme normale de mes réactions. Mais j'étais bloqué. Mes désirs n'étaient pas des pensées comme celles auxquelles j'étais habitué, par conséquent, ils ne pouvaient pas susciter la réponse émotionnelle que d'habitude je faisais jaillir en moi.

Don Juan et Don Genaro sautèrent dans le vide. Je sentis qu'ils l'avaient fait, à en juger par le sentiment épuisant de chute que je ressentis dans le ventre.

Don Genaro resta là où il avait atterri, mais don Juan marcha vers nous [...]

Don Juan parla dans un murmure sec, en s'adressant à nous tous.

- Vous devez maintenir votre regard sur le nagual, dit-il. Il faut effacer toute pensée, toute parole.

 

[...]

Don Genaro adopta une posture de danse étrange. Ses genoux étaient pliés, ses bras étaient allongés de long de chaque côté, ses doigts étaient étirés. Il semblait se préparer à faire une pirouette ; en fait, il fit un demi-tour, puis il fut tiré vers le haut. J'eus la perception nette qu'il avait été hissé par une chenille gigantesque, qui avait soulevé son corps jusqu'au sommet même de la falaise. Ma perception du mouvement ascendant était un mélange extrêmement curieux de sensations visuelles et corporelles. Je vis et je sentis à moitié son envol jusqu'au sommet. Il semblait y avoir un trait ou un fil presque imperceptible de lumière, l'attirant vers le haut. Je ne vis pas son envol dans le sens où j'aurais suivi des yeux celui d'un oiseau. Ses mouvements ne formaient pas de séquence linéaire. Je n'eus pas à lever la tête pour le garder dans mon champ visuel. Je vis le fil qui le tirait, puis je sentis le mouvement dans mon corps, ou avec mon corps, et tout de suite après, il apparut sur le sommet de la falaise, à des dizaines de mètres de hauteur."


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collage Huitchol

 

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H
alors...je vais "rêver" beaucoup...A bientôt...
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H
Mais oui! C'est l'essentiel.Merci.Bien sincèrement et (j'espère une petite trace de ton passage...si ce n'est pas trop que d'en rêver)Amicalement .Hécate
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S
<br /> <br /> Rêver n'est jamais "trop", Hécate :) A bientôt...<br /> <br /> <br /> <br />
H
Je suis presque "sans " papier,alors c'est bien(pourtant sans un crayon et sans une feuille je suis en manque).Alors comme ça le fil d'archal ne vous est pas inconnu? Je me moque bien qu'on possède une soi-disant culture littéraire!...Ce que j'écris là,c'est pour le partager et échanger des impressions, même en désaccord avec les miennes.Je ne prétends rien de particulier ,sinon dire mes émotions sur un livre ,un auteur,vivant ou mort.Amicalement .Hécate
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S
<br /> <br /> Ok Hécate ; nous sommes donc d'accord : priorité à l'émotion :)<br /> <br /> <br /> <br />
H
Alors si ma réputation ici ne me précède point,c'est aussi bien,bien que cel m'éviterait des présentations difficile à formuler!<br /> Je connais un peu le sieur E.Low,etne m'en porte que bien!<br /> On m'appelle la "Magicienne",et j'ai aimé ses livres lus il y a un certain temps.Vous en parlez fort bien.Voilà.Ceci dit...vous me direz si vous souhaitez plus ample visite de part et d'autre! je, tu, je finis par ne plus savoir choisir! pardon...<br /> Amicalement .Hécate<br /> (mon blog est le fil d'archal,j'allais oublier de le dire!)
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S
<br /> <br /> Ici, pas de droit d'accès, pas besoin de papiers pour pouvoir passer... On vient ou pas, on s'arrête un peu ou pas. La question ne me semble pas se poser :)<br /> Enfin, madame Hécate, je fais de temps à autre des sauts de puce sur le fil d'Archal, juste de quoi reconnaître que je manque singulièrement de culture littéraire (à propos, je ne vois pas du<br /> tout qui peut être ce E.Low !) mais quand même je vis -:)<br /> -<br /> Eric : ne lis pas ce com !<br /> <br /> <br /> <br />
E
je fais partie du même club plutonien que Dick (private joke)... non Sheernin : je ne t'ai pas encore trouvé de point commun avec le Bazar de l'Hotel des Lbertés) mais je cherche...
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S
<br /> <br /> Outch, je crains le pire -:)<br /> <br /> <br /> <br />