L'ESPOIR ET LES INUTILES
J’en appelle aux cloches supérieures des cathédrales décadentes
Aux sirènes hurlantes des bateaux en perdition
Aux gueules rouillées des canons
Aux buffles attaqués par les lionnes affamées
Aux ailes brisées des oiseaux
Aux chatons que l’on noie
J’en appelle aux cétacés venus s’échouer sur des plages affolées
Au regard éperdu des bébés-singes sur le corps refroidi de leur mère
A la boue acide au pied des arbres condamnés
Aux glaciers mourant sous la fonte
Aux cœurs des hommes injustement emprisonnés
A ces femmes résolues-résignées entrant au cloître
Aux mémoires douloureuses des vieux sans plus de famille
J’en appelle aux musiciens inspirés
Aux magiciens prodigieux
Aux poètes, aux écrivains et aux linguistes
Aux astrophysiciens, aux biologistes
Aux iris vitrés par la peur
Aux gorges muettes de terreur
Au tremblement des voiles noirs
Aux esprits en folie
J’en appelle aux arythmies, aux dysfonctionnements
Aux lourds pavés de la noyade
Aux solidarités impuissantes
Aux silences des tombeaux
Aux pierres antiques des murs griffés
Aux portes cochères des secrètes rencontres
Aux fruits souillés juchant le sol
Aux anges, aux démons et aux dragons
Aux amours maudites, enchaînées, entravées
J’en appelle aux trottoirs vides de pas résonants
Aux agoras vouées aux départs déchirants
Aux poings serrés au fond des poches
Aux regards indifférents des foules pressées
A l’écorce des arbres gravée
Au givre sur les dépouilles des roses oubliées
Aux chaînes lourdes que l’oubli a scellées
J’en appelle à la morte et lumineuse mémoire des constellations
A la note bleue suspendue
A la patience
A l’attente
A l’amour
Au cœur et à sa mémoire
A cette profondeur qui remonte aux yeux
Sous forme de larmes
J’en appelle à l’humanité
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